dimanche 8 mars 2009

Punk goes pop volume two


Et dire que Fearless Records fut il y a dix ans le label d'At The Drive-In. Difficile à croire quand on voit les productions du label aujourd'hui. Avec comme signatures des groupes à tendance post-hardcore aussi banals qu'Alesana et les tout récents Motionless In White ou pop-punk ridiculement niais comme Every Avenue et The Maine, le label californien surfe plus sur les tendances du moment qu'ils ne parient sur l'originalité et la prise de risque. Preuve est encore faite avec cette compilation.
La série des 'Punk goes...' a pourtant eu d'assez bons crus, comme le 'Punk goes acoustic' par exemple qui rassemblait sur son tracklisting des noms aussi beaux et variés que ceux de Thursday, Coalesce, Strike Anywhere ou Open Hand. Ont suivi 'Punk goes pop', 'Punk goes 80's', 'Punk goes 90's', 'Punk goes acoustic 2', 'Punk goes crunk' et ce mois-ci sort 'Punk goes pop volume two'. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la simple lecture du tracklisting en repoussera plus d'un. Prenez quatorze groupes en pleine ascension sur la scène pop-punk/alternative rock/post-hardcore actuelle (en gros, ceux dont les pages MySpace sont les plus visitées et accessoirement les plus travaillées) et demandez-leur de reprendre quatorze chansons ayant fait les belles heures des radios les plus populaires ces dix dernières années. Une fois de plus, il ne vaut mieux pas se fier à l'intitulé de la compilation (si Breathe Carolina font du punk, Refused étaient le plus grand groupe de R&B du monde).

L'impression qui ressort à l'écoute de cet album est qu'il est ridiculement facile de faire une reprise de nos jours. Il y a ceux qui se contentent de refaire exactement la même chanson avec des guitares et une batterie comme Mayday Parade avec l'insupportable 'When I grow up' des Pussycat Dolls, ceux qui ajoutent au chant clair quelques parties criées faciles et sans intérêt (Silverstein avec 'Apologize' de One Republic, A Static Lullaby avec 'Toxic' de Britney Spears) ou encore ceux qui trouvent judicieux de grogner sur du Justin Timberlake (Alesana) ou, encore elle, du Britney Spears (August Burns Red). L'écoute de ces titres est déconcertante tellement on a l'impression qu'on pourrait faire de même en peu d'efforts.
Mais il y a pire encore. Il y a ceux dont l'écoute du titre jusqu'à la fin demandent une volonté d'acier. Comme si cette compilation manquait d'Auto-Tune, Breathe Carolina nous font le bonheur de nous étouffer de vocodeur et de beats dance affreusement lourds. Si vous parvenez à apprécier cette chanson, vous devez forcément être un fan absolu non seulement du groupe, mais aussi de la tête à claques Miley Cyrus dont ils ont eu le bon goût de reprendre un tube. Dans la même veine, 'I kissed a girl' version électro/screamo par Attack Attack! est totalement inécoutable et nous pousse presque à présenter des excuses à Katy Perry.

Il y a certes ceux qui ont essayé de s'approprier la chanson en y apportant des modifications. Le batteur d'Escape The Fate, lorsqu'il a justifié leur choix de reprise, a affirmé qu'ils «ne voulaient pas faire quelque chose de cliché, déjà entendu, comme rendre la chanson plus rapide, ajouter un breakdown ou crier le refrain». Difficile de ne pas penser aux participations de ses collègues en entendant ça. Quoiqu'il en soit, les rock stars qu'ils sont ont choisi le très sexy 'Smooth' de Carlos Santana et Rob Thomas. Certes, le travail de reprise est un peu plus appliqué, mais ça ne fonctionne pas vraiment. De même pour The Cab qui ont ajouté du clavier, du vocodeur et un solo de guitare au 'Disturbia' de Rihanna sans réussir à convaincre (les groupes A Cursive Memory et surtout The Sequence ont également tenté de s'approprier cette même chanson et y sont mieux parvenus, leurs versions sont en écoute sur leurs MySpace respectifs) et pour There For Tomorrow et le côté dance apporté à leur reprise du chanteur R&B Omarion.
Les trois titres qui sortent du lot sont ceux de Chiodos, A Day To Remember et Four Year Strong. Les premiers se démarquent par l'originalité du choix de leur reprise ('Flagpole Sitta', tube d'Harvey Danger de 1998) et les deux autres font sonner leur versions respectives de 'Over my head' (The Fray) et 'Love song' (Sara Bareilles) un peu de la même façon, à la différence qu'on aimerait davantage de chant clair chez les premiers et moins chez les seconds. Les trois groupes s'approprient bien leur chanson, Chiodos étonnent par la fraîcheur musicale de leur titre malgré les ennuyants hurlements de Craig Owens sur la fin, A Day To Remember donnent une bonne énergie au refrain pourtant très mielleux de The Fray et les habituels gang vocals et double voix de Four Year Strong font sonner 'Love song' comme une b-side de 'Rise or die tryin' '. Bayside s'en sortent aussi plutôt bien avec leur version de 'Beautiful girls' et si elle ne nous fait pas sauter au plafond, c'est sans doute à cause de l'auteur de l'originale, Sean Kingston.

Face aux critiques acerbes qui risquent très fortement de toucher les auteurs de cette compilation, les réponses seront sans doute centralisées sur le fait que cet album n'a qu'une vocation de divertissement. Rien de sérieux d'accord, mais si les groupes revendiqueront avoir fait leurs reprises «pour le fun», on pourra leur répondre qu'au final on a bien du mal à le trouver, le fun. Bien au contraire, c'est trop souvent un calvaire pour les tympans. La majorité des choix de chansons ne sont pas judicieux, comment faire aimer une reprise d'une chanson qui est à la base exécrable? Ne subit-on pas assez le matraquage médiatique autour des stars planétaires que sont Britney Spears ou Miley Cyrus pour devoir entendre des groupes de notre scène reprendre leurs chansons? Je les remercie d'ailleurs d'avoir inséré ces noms sur mon blog, j'aurai probablement bientôt des visites des membres du club Disney Channel. Ces chansons ne sont même pas des «guilty pleasures», ce sont des titres qu'on entend à longueur de journée et dont on aimerait ne plus avoir à subir l'écoute. Qu'ont pensé Silverstein en reprenant 'Apologize', chanson entendue un millier de fois par tout être humain possédant une télévision ou une radio?
Il faut pourtant s'attendre à ce que les reprises de cet album puant le fluo et l'Auto-Tune se retrouvent en fond sonore de centaines de pages MySpace dès leur sortie. Il n'est plus honteux d'aimer la pop ultra sucrée servie par MTV puisque les groupes en vogue la reprennent à leur sauce. C'est devenu une véritable mode chez ceux désirant se faire connaître de poster en ligne leur version d'un tube du moment. Buzz assuré. Ce n'est par contre pas dit que quelqu'un se souvienne d'une seule de ces reprises dans trois ans.
Quand cet engouement pour écouter du R&B version heavy ou de la dance version pop-punk sera terminé, Fearless devra bien trouver autre chose et se tournera peut-être vers des projets créatifs et dignes d'intérêt. Me First And The Gimme Gimmes ont parfois beau choisir de reprendre des chansons encore plus mauvaises, au moins c'est drôle.

Recommandé si vous aimez:
Forever The Sickest Kids, Cobra Starship, Brokencyde

Essayez aussi:
I Set My Friends On Fire, Watchout! There's Ghosts, Cash Cash

www.myspace.com/punkgoespop2
(Fearless Records, 2009)

2 commentaires:

  1. Hahaha, tu mens, on sait tous que tu mets des caleçons fluos, Romain!
    Biz. Cécile.

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  2. Toujours aussi passionnant de te lire... J'pense que je viendrais souvent faire un tour ici =)
    Gros bisous RoRochou ;)
    Zoé.

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